Les Gras

En 2020, j’ai été invité par le collectif Photeurs de trouble à participer à une expérience-résidence un peu inédite pour moi : photographier Les Gras, portraiturer les participants de ce carnaval emblématique de Douarnenez. Je ne connaissais pas la tradition des Gras, ni tellement la ville ou la région, et c’est donc avec un mélange de curiosité et d’appréhension que je m’engageais dans ce travail en collectif qui allait couvrir quatre éditions, accompagné de Yana O’Connell, Geoffroi Caffiery, Simon Jourdan et Caroline Chik. Chaque année, plusieurs jours durant, nous avons investi l’espace du Larvoratoire Photograhique, au coeur de la ville de Douarnenez, et déployé toutes sortes de dispositifs de prise vue ayant tous en commun le temps long, l’artisanat et l’intention de faire un pas de coté.

Portraits à la chambre photographique

Le portrait au positif direct* est devenu comme une expérience hors du temps, pour moi comme pour les personnes qui sont passées devant l’objectif de la chambre photographique. L’espace intime qui se créée quelques minutes, la proximité, le processus de la prise de vue et le moment de la révélation de l’image concourent à cette expérience. Le temps de la pose, jusqu’à vingt secondes, les corps oscillent et les efforts pour rester immobile laissent place, parfois, à une semi-absence. Aux créatures chimériques succèdent les rigolos goguenards, aux enfants impressionnés et concentrés succèdent les personnages soigneusement apprêtés et délicatement timides. La photographie ne révèle rien ici ; elle souligne les contours d’une fantaisie douce et parfois légèrement inquiétante. Elle capture la multitude des visages grimés et pourtant dévoilés.